A propos de LAKANA SO

LAKANA SO est une organisation non gouvernementale d'utilité publique qui a été créé le 18 septembre 1997.
Son but est de contribuer à l'insertion socio - professionnelle, éducative et d'appui en matière de santé des enfants monoparentaux des femmes libres.
LAKANA SO intervient dans les domaines de la santé, de la formation (scolarisation, formation professionnelle et apprentissage) et l'accompagnement social et pédagogique, l'assistance sanitaire et la protection juridique pour les groupes cibles. L'organisation intervient dans la capital Bamako, à Sikasso, Koutiala, Mopti et Ségou.

Problématique des enfants des femmes libres

"Au Mali, dans nos valeurs culturelles, tout enfant est l'enfant de sa mère avant d'être celui de son père." Cela s'explique par la certitude que tout enfant est incontestablement né d'une mère, alors que l'identité du père n'est pas toujours évidente.
Aussi, le lien mère enfant est-il très fort. L'enfant agit sur sa mère par son comportement quotidien. En revanche, ce que fait la mère, ce qu'elle est dans son ménage, la place qu'elle y occupe, la nature de ses rapports avec son mari, tous jouent sur le devenir de l'enfant dans l'imaginaire populaire.
Il en est de même de l'attitude de la communauté envers les enfants des femmes libres. Ils sont, non pas les enfants d'Oumou ou de Jeannette, mais les enfants de la prostituée Oumou ou Jeannette. C'est un rappel constant aux enfants qu'ils sont nés hors des normes sociales établies, des enfants à pères multiples ou même sans pères, car virtuellement conçus par plusieurs hommes. Pour la plupart d'entre eux, il n'est pas question d'avoir un acte de naissance établi à l'instar des autres enfants. En effet, jusqu'à une époque récente, les femmes libres qui arrivaient à établir des actes de naissance pour leurs enfants, devraient accepter la mention "père non déterminé". Ceux des enfants qui avaient la chance d'être inscrits à l'école avec ces actes de naissance devaient gérer cette mention sur leur pièce d'état civil. Il étaient objet de raillerie de la part de leurs camarades de classe et étaient amenés à s'isoler parce que victimes d'un "crime" qu'ils n'ont pas commis. Aujourd'hui, la situation n'a guère changé. Sur les extraits de naissance de ces enfants, un trait est fait devant le nom du père. Ils sont toujours amenés à demander à leur mère pourquoi ce vide, qui cache le nom de celui ils sont les enfants. Un psychodrame qu'ils vivent tout au long de leur vie.

Une autre situation est celle que connaissent les filles adolescentes de ses femmes. Ces filles sont amenées à jouer très souvent le rôle de substitut à leurs mères pour satisfaire des clients de celles-ci, évitant que l'argent nécessaire à leur subsistance n'échappe à la famille. Pour ce faire, l'adolescente est soutenue moralement par sa mère et accepte de jouer ce rôle aux risques d'une grossesse non désirée et d'une infection sexuellement transmissible, y compris le VIH/Sida. Elles n'y auraient pas été préalablement préparées, ni informées des risques qu'elles encourent. En raison de la non maturité de leurs organes génitaux et de reproduction, certaines de ces filles contractent des grossesses à risque. Elles subissent fréquemment des ruptures vaginales entraînant des fistules vaginales ou fécales qui réduisent le reste de leur vie à une continuelle agonie. Cette situation dramatique est connue de beaucoup d'adolescentes qui vivent avec leurs mères dans des maisons closes, elles qui constituent la grosse partie des vendeuses ambulantes. Or, selon les dernières études sur la séroprévalence au Mali, cette catégorie socioprofessionnelle est citée parmi les couches à risque élevé (9,7% contre une moyenne nationale de 1,7% de VIH/Sida).

Les garçons ne sont pas plus heureux, eux qui ont, dans d'autres familles, plus de chance d'aller à l'école. Ils n'y vont pas, soit parce qu'ils n'ont pas d'extraits d'acte de naissance, soit parce que leur mère ne peut pas payer les frais d'étude et n'a aucun proche pour le faire à sa place. Adolescents, les garçons vont donc occuper les abords des salles de cinéma, envahir les gares routières et ferroviaires, sillonner les marchés dans l'espoir de pouvoir "piquer" l'argent de quelqu'un. Grands, ils deviennent les malfrats des villes. Tout comme l'adolescente qui accepte de remplacer sa mère avec un client pour soutenir la famille, le garçon aussi adopte parallèlement un comportement à risque pour les mêmes raisons. Au Mali, après les élèves des écoles coraniques, c'est dans ce rang que se recrutent les enfants de la rue. Le programme de lutte contre le Sida a réalisé une étude dans une maison close de Bamako en 1999, en forme de dépistage du VIH sur 12 enfants de 13 à 15 ans. Sur les 12 enfants vivant dans cette maison close, 8 étaient séropositifs. C'est dire que leur cadre de vie les prédispose à des pratiques sexuelles à risque.

LAKANA SO, la seule ONG au Mali à s'intéresser à ce groupe spécifique, s'est dotée d'un certain nombre de lignes d'action pouvant contribuer à l'amélioration du vécu des enfants. Au nombre de ces initiatives, on peut citer l'établissement de la paternité de ces enfants. Si la démarche aboutit, certains pères récupèrent leurs enfants, leurs donnent les noms qu'ils portent ; d'autres les assistent tout en les maintenant chez leurs mères.
Ces cas sont pourtant rares et amènent LAKANA SO à établir des jugements supplétifs servant d'extraits d'actes de naissance pour les enfants, à inscrire ceux qui sont en âge de scolarisation et placer les autres en formation professionnelle. LAKANA SO facilite l'accès des enfants et de leur mère à la santé par l'organisation de causeries éducatives sur la prévention des infections, l'organisation pour eux de consultations médicales adaptées et de soins appropriés. Autant les femmes libres, elles mêmes, sont soucieuses de leur état de santé, autant elles le seront pour celui de leurs enfants confrontés à une hygiène de vie désuète, vivant dans un environnement qui les prédispose à toutes les infections possibles.

Ces enfants vivent le même calvaire que leurs mères au plan de l'intégration sociale et économique. Même devenus grands ceux ou celles qui ont une opportunité de se marier ne peuvent pas la saisir en raison du statut de leur mère dans la société. Une famille malienne ne voudra pas d'un enfant de femme libre comme belle-fille ou belle-sœur, beau-fils ou beau-frère. Selon les croyances dans certaines communautés du Mali, celui qui amène un enfant né hors mariage chez lui doit s'attendre à ce que ce dernier devienne un jour le chef de sa famille, au détriment de son propre enfant. Paradoxalement, les enfants nés hors mariage (tout comme les orphelins) sont ainsi présumés plus chanceux ou entreprenants dans la vie malgré leur handicap social.
En effet, les femmes libres connaissent presque toutes les hommes avec lesquels elles ont conçu leurs enfants ; mais sachant leurs faibles chances de persuader les pères à les reconnaître, elles préfèrent garder le silence, au prix de compromettre l'avenir de ces enfants sur lesquels elles comptent pourtant pour sauver un espoir constamment bafoué.

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